Retour en présentiel et conduite du changement en éducation : ne faisons pas marche arrière!

Écrit par fsmuratet, lun 13 sep 2021

Jeune fille en face d'un écran d'ordinateur pour un cours en ligne

Photo de J.M Cameron (Pexels)

 

Le début de la session d’automne a marqué le retour des cours en présentiel. Qu'en est-il de l’usage des outils numériques qui ont permis pendant plus d’un an la continuité pédagogique? 

La pandémie a imposé à tous une appropriation accélérée des outils numériques en éducation. De l’école primaire à l’université, les établissements ont dû mettre fin à de nombreuses pratiques pédagogiques et se réinventer. Cependant, alors que nous retournons au cégep cet automne, ne faisons pas l’erreur de retomber dans nos modes de fonctionnement prépandémiques. Comme le dit Yong Zhao, ce serait un acte misonéique de mettre de côté ce que nous avons construit et d’ignorer, par exemple:

Avant la COVID-19 et depuis des décennies, les technopédagogues tentaient de convaincre les enseignants d’utiliser davantage la technologie en classe. Ceux du réseau collégial travaillaient fort pour accompagner les établissements à intégrer le plan d’action numérique et mieux appréhender les défis de l’éducation du 21e siècle. Puis, tout s’est arrêté. Il n’était plus question de réfléchir de manière stratégique aux façons d'encourager l’intégration des technologies numériques en enseignement, mais plutôt de sauter dans un train partant à grande vitesse dans une direction inconnue

La crise sanitaire a forcé l’éducation à faire un grand saut et a permis de pallier certains problèmes d’inégalité en faisant en sorte que des milliers d'élèves obtiennent des accès internet et des appareils numériques.

Dans ces prises de décisions urgentes, on s’est rendu compte du manque de littératie numérique des étudiants et du déficit d’accompagnement des enseignants dans la prise en main des outils numériques. D’ailleurs, une étude du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE) réalisée en juin 2021 indique que près de 80 % du personnel enseignant s’est senti peu ou pas compétent pour enseigner en ligne. Ce qui nous permet de relever que les enseignants et les étudiants (notamment les populations les plus vulnérables) n’ont pas tous eu une bonne expérience de l’apprentissage à distance. 

Lors d’une réunion départementale à laquelle j’ai assisté, plus de 70 % de l’équipe enseignante souhaitaient un retour à la normale. En posant la question de ce qu’on entendait par « retour à la normale », la réponse était unanime : les enseignants veulent revenir à leur vie de prof d’avant ! Ils veulent voir leurs étudiants, socialiser et échanger. « Pour l'instant, on ne veut plus entendre parler de Moodle ou d’enseignement en ligne ! »

Certes, les mesures de distanciation sociale, l’usage à outrance de plateformes de réunion en ligne et les longues heures passées devant les écrans ont été dévastatrices et néfastes pour l’enseignement. Cela dit, l’enseignement en ligne n’est pas directement responsable des problèmes de santé mentale, de cyberfatigue, d’abandon des cours, etc. C’est plutôt le manque d’accompagnement pédagogique et le déficit de bonnes pratiques pédagogiques qui est coupable. Il n’est pas question ici de montrer du doigt qui que ce soit, mais plutôt le système éducatif et notre inhabileté à adapter les bonnes méthodologies aux usages numériques.

Selon moi, la pandémie a déclenché une expérience d’apprentissage unique dans l’histoire de l’humanité. Le déroulement n’a peut-être pas été parfait en raison du manque d’expérience, sans parler du manque de temps dont disposaient les éducateurs pour discuter, planifier et essentiellement bouleverser la manière dont l’enseignement était dispensé. L’apprentissage à distance a fait découvrir aux élèves et aux enseignants un modèle d’apprentissage différent. 

Ajoutons à cela que ce mode d’apprentissage a considérablement diversifié la manière dont l’enseignement se déroule. L’accès aux ressources éducatives a permis aux apprenants d’expérimenter l’autonomisation et de se placer au centre de leur apprentissage. La définition du temps d’apprentissage s’est façonnée en dehors des cours et des devoirs. Il n’est plus vrai de dire que la salle de cours est le seul endroit où l’on peut acquérir des connaissances.  Dressons une analyse réaliste de nos usages des technologies, apprenons de nos erreurs et, surtout, ne faisons pas marche arrière, car il y a eu des avancées indéniables. Utilisons-les comme leviers d’amélioration de l’enseignement.

 

Malgré les moments difficiles que nous avons vécu, nous avons compris qu’il n’allait pas suffire de se concentrer uniquement sur les technologies numériques pour améliorer la réussite éducative et relever les défis de l’éducation au 21e siècle. Une véritable conduite du changement devrait être menée pour créer une synergie entre la pédagogie, le numérique et une approche centrée sur l’humain. Pour cela, comme me le disait Nadia Naffi, professeure à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, il est primordial, dans les mois à venir, de recueillir les témoignages et tenir compte de l’expérience des enseignants et des étudiants afin de trouver des pistes de solutions aux profonds problèmes soulevés durant la crise. 

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