Étape 3 : Retour sur le cas soumis par le CRISPESH

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La troisième étape de ce labo VTÉ sur la capacité d’innovation en éducation a eu lieu le 1er avril 2014. Les invités présents étaient :

  • Lynn Lapostolle,
 de l’Association pour la recherche au collégial (ARC).
  • Marc Tremblay et Roch Ducharme, du Centre collégial de transfert de technologie en pratiques sociales novatrices (CRISPESH).
  • Pierre Gignac, doctorant en mesure et évaluation en éducation à l’Université de Montréal.
    Pierre Gignac travaille à développer un outil de mesure sur la capacité d’absorption de connaissances en innovation. Il étudie comment les gens sont capables d’utiliser de nouvelles connaissances pour produire des innovations dans le cadre de diagnostics organisationnels. 
  • Alexandre Enkerli, enseignant à l’Université Concordia, ethnographe informel et observateur des communautés de pratique émergentes et de l’innovation sociale.
  • Pierre-Julien Guay, coordonnateur à la Vitrine technologie-éducation.

Compte rendu de la troisième rencontre du labo VTÉ sur la capacité d’innovation en éducation **  

 

** Note : Le compte rendu et la conclusion sont présentés sous forme d'extraits des commentaires des participants.

L’équipe du CRISPESH désire, pour cette dernière rencontre, aborder l’aspect « comment faire » pour mettre en place des solutions innovantes. Cela fait plus d’un an et demi que l'équipe du Centre de recherche réfléchit au lien entre la technologie adaptative et la technopédagogie inclusive. Certaines pistes se dessinent, dont un projet de recherche-action sur l’effet de la technopédagogie sur les élèves en situation de handicap.

L’un des membres du CRISPESH a assisté au Colloque sur le manuel électronique qui était organisé par le Groupe de travail québécois sur les normes et standards en TI pour l’apprentissage, l’éducation et la formation (GTN-Québec). L'un des participants à l'événement a eu l’impression qu’on s’intéresse de plus en plus au manuel électronique et à l’accessibilité des documents en salle de classe. On y a parlé d’une norme qui est en émergence, le EPUB3. Est-ce que l’EPUB3 va pouvoir nous permettre de créer du matériel pour la salle de classe ? C’est une piste que le CRISPESH voudra suivre.

Comme entrée en matière pour ce dernier laboratoire, Yves Munn propose un document vidéo produit par la Vitrine technologie-éducation, qui traite d’un projet innovant commencé il y a plus de vingt ans dans le réseau des cégeps. Il s'agit du témoignage de Michel Perron, titulaire de la Chaire UQAC–Cégep de Jonquière  sur les conditions de vie, la santé et les aspirations des jeunes (VISAJ). Il relate quelques ingrédients qui contribuent aux succès d’un projet innovant.

« Si l’on travaille un peu dans la durée et qu’on est capable d’avoir une expertise de base,
c’est sûr que votre projet va fonctionner parce qu’il répond à des besoins. » Michel Perron

Ce que Marc Tremblay retient de ce document vidéo, c'est l'importance de répondre à des besoins réels et que le réseautage et l’ancrage sont des dimensions importantes. Au sujet de l’ancrage, plus petits sont les collèges, plus la tâche sera facile, selon lui.

Alexandre Enkerli ajoute qu’il faut saisir l’innovation là où elle se produit plutôt que d’essayer de l’imposer. Il donne l’exemple de l’un de ses cours dans lequel on utilise un forum en ligne. Une étudiante y a déposé ses notes de cours. Puis, un autre étudiant les a reprises et ajoutées à ses propres notes de cours. Puis, cinq ou six étudiants y ont mis toutes leurs ressources, ensemble, sur un site Wiki. C’est une solution qui provient des étudiants eux-mêmes.

Pierre Gignac, pour sa part, retient le concept de l'ancrage dans la durée. Quand on s’entend sur les mêmes objectifs, surtout en collaboration, c’est beaucoup plus facile d’arriver à innover. En innovation, on essaie souvent de trouver nos champions, ces personnes qui seront des références et qui porteront le projet, malgré les embûches, et qui encourageront les gens à persévérer. Un projet, si on le prend petit et qu’on veut le faire rayonner, il faut trouver une façon de le vendre, de le piloter. Il ne faut pas s’imaginer que les gens vont se l’approprier sans qu’on en parle, sans qu’on fasse les efforts d’aller frapper à la porte pour aller le présenter. On a un projet, on a une belle innovation, mais les gens qui vont confirmer que vous avez une innovation, ce sont les usagers qui vont se l’approprier. Un autre élément important porte sur le paradigme de l’innovation ouverte. C’est-à-dire qu’il ne faut pas essayer de réinventer la roue chaque fois. Il faut s’associer avec des organisations qui possèdent déjà certaines ressources et qui sont complémentaires aux nôtres afin de les unir pour innover.

Sur l’ancrage institutionnel, Lynn Lapostolle ajoute que c’est un élément qui fait en sorte qu’il reste quelque chose qui crée des racines par rapport à une dynamique d’innovation. On a besoin de parties prenantes, des gens avec qui l’on va construire le projet. On ne fait pas du travail sur eux ou pour eux, on fait du travail avec eux. On peut travailler avec ces gens-là sur une certaine période, mais pas nécessairement à très long terme. Les parties prenantes peuvent vouloir rester un certain temps, mais pas les étudiants. Ils sont là le temps de faire leurs études et ensuite ils s’en vont. Les prochains étudiants vont apporter d’autres choses à ces projets-là qui vont continuellement se développer.

Pierre-Julien Guay se rappelle l’intervention d’un conférencier lors du colloque sur le manuel numérique. Le conférencier affirmait qu’une nouvelle idée ne fonctionne pas en convainquant ses détracteurs, mais parce que ceux-ci finissent par mourir. Par la suite, la nouvelle génération considérera cette idée comme familière et adoptée. 

Alexandre Enkerli, pour sa part, entend cette idée surtout dans la sphère technologique. Il la retrouve beaucoup avec les étudiants parce que ce sont souvent eux les détracteurs dans un contexte universitaire.

De son côté, Pierre Gignac donne l’exemple d’inventeurs qui ont réussi à construire un hélicoptère sans les pales situées à l’arrière, qui servent normalement à la direction de l’appareil. Mais, ces pales représentent 40 % des frais d’entretien et des revenus des entreprises qui en font l’entretien. Donc, d’une certaine façon, l’innovation est très belle, mais les gens du milieu acceptent mal cette innovation. Quand on pense aux détracteurs, il faut essayer de comprendre leurs motivations et intérêts. Amener une personne à changer, c’est aussi l’amener à entrer en conflit avec le milieu ou la culture dans laquelle elle est insérée.  

Pour Marc Tremblay, ce n’est pas toujours facile d’inclure les détracteurs qui s'opposent parfois férocement à une nouvelle idée. Il ne faut pas les sous-estimer. Heureusement, plus il y a de gens qui embarquent dans le projet, moins il y a de détracteurs. Donc, l’idée à suivre n’est de ne pas trop focaliser sur les détracteurs, mais de s’intéresser à ceux qui veulent l’innovation. 

Lynn Lapostolle met l’accent sur la responsabilité que l’on porte quand on fait des projets d’innovation. Avec des fonds publics, on a la responsabilité de faire connaître ces projets pour que d’autres puissent éventuellement en profiter ou s’associer à nous. Parfois, on ne fait pas assez connaître ce qui se fait dans le réseau collégial. C’est peut-être une faiblesse du réseau qu’on aurait avantage à corriger. 

Pour sa part, Claude Martel parle de la structure du partenaire « Performa » qui permet d’aborder des sujets innovateurs dans les formations offertes. C’est créé dans les collèges et ça tient compte des besoins des collèges. Il s’agit de créer un plan de cours et de proposer un sujet, puis les gens s’assemblent et développent autour de ça. On fait une réflexion et l’on travaille sur l’approche réflexive.

Chantal Desrosiers donne l’exemple d’un cours Performa portant sur l’apprentissage actif. On y montre comment utiliser l’apprentissage actif en classe, dans une classe spéciale ou non. On parle de différentes stratégies pédagogiques qui favorisent les étudiants ayant besoin de services adaptés lorsqu’ils travaillent en groupe, avec les ordinateurs, en collaboration. On a des outils à notre portée, mais il faut encourager les enseignants à innover sur le plan pédagogique. 

Pierre Gignac affirme que l’on hésite souvent à embarquer dans un projet d’innovation parce qu’on ne sait pas où on s’en va avec ça. C’est une zone d’incertitude, d’inconfort qui rend anxieux. On ne connaît pas nécessairement le résultat final au départ. Il faut plonger dans un projet. On ne peut pas tout prévoir, la façon dont les choses vont se dérouler, et l’on ne peut pas non plus nécessairement avoir au départ l’idée qui va nous amener à la solution. Peut-être qu’il y a des technologies qui n’existent pas, mais qui vont exister dans un an ou qui sont inconnues du monde de l’éducation.

Un bel exemple pour illustrer cela : Les 24 h de l’innovation. Ça se passe 24 h en ligne avec des groupes d’étudiants qui vont s’attaquer à des sujets soumis par des entreprises. Ils ont 24 h pour trouver une solution, soit de 9 h le matin à 9 h le lendemain. On ne sait pas quelle avenue prendre, mais on doit trouver des solutions. On constate que les étudiants commencent avec des sessions de tempêtes d’idées de trois à quatre heures pour essayer de se situer par rapport au problème soumis. Après, ils décident de leur plan pour proposer une solution, puis c’est l’opérationnalisation. On peut donc continuellement chercher des recettes, des façons de faire, mais il faut plonger à un moment donné, et se dire que ça va arriver. Se faire confiance. En général, on arrive à quelque chose. Il ne faut pas non plus s’entêter dans un projet sur lequel on a des doutes. Il vaut mieux échouer vite et souvent. Comme ça, sur l’ensemble des projets essayés, certains vont très bien réussir et être porteurs.

Conclusion : Ce laboratoire VTÉ a t-il alimenté vos réflexions ?

Les participants du Centre collégial de transfert de technologie en pratiques sociales novatrices (CRISPESH) estiment que ce labo VTÉ leur a beaucoup apporté. « On ne partait pas de zéro. Notre réflexion était déjà approfondie mais, ce qui est intéressant, c’est de partager nos expériences et exemples. C’est intéressant, on arrive avec des éléments concrets comme ceux de Performa ou issus du réseau REPTIC. »

Marc Tremblay poursuit en affirmant trouver intéressant de faire l’exercice de partager des réflexions et des connaissances tout au long des trois laboratoires avec de nouveaux intervenants. Avec ce labo, c’était bien organisé et cela a aidé à approfondir le sujet. « C’est sûr que l’exercice nous a amenés à être à l’affût. Ça nous conditionne à réfléchir et nous interroger sur ce que l’on a réellement appris. Ça nous encourage à voir l’innovation sous un angle différent. Ce n’est pas si inaccessible que ça, l’innovation. C’est accessible pour tous, il suffit d’avoir de bonnes idées. Et moi, je me suis rendu compte que j’ai cette posture d’innovation-là : Je suis toujours là-dedans, j’essaie toujours de changer les choses. En même temps, ça me rassure que d’autres le fassent aussi et qu’on puisse partager. Sur une plateforme virtuelle, la région géographique est moins importante. Donc, de savoir que des gens de la France ou d’un peu partout ont pu partager autour d’un même thème, ça, c’est révélateur. »

Pour Alexandre Enkerli, c’était une façon d’aider des gens qui sont en situation d’exclusion et qui ont besoin de ressources spécifiques. Il y a plusieurs parties prenantes avec qui l’on doit apprendre à collaborer. Il y a des processus d’innovation qui fonctionnent très bien qui sont créés par différents acteurs dans des milieux, pas nécessairement en éducation, et desquels on peut s’inspirer. L’innovation, c’est vraiment ça.

Pierre-Julien Guay, de la Vitrine technologie-éducation, a pris le rôle de « l’avocat du diable » au cours de ces rencontres. Il constate qu’il y a énormément d’énergie et de bon vouloir et trouve cela tout à fait sain et rafraîchissant. Il constate aussi qu’il y a beaucoup d’expertise, d’où l’importance de la mise en réseau. Le point le plus frappant pour lui, c’est aussi de constater que l’innovation, ça se fait en groupe. On a besoin d’un flux d’idées, de collaboration et d’énergie en provenance de tout le monde.

Lynn Lapostolle aime l’idée d’ouvrir la conversation pour inclure des gens avec qui l’on a moins l’habitude de travailler et qui vont apporter d’autres éléments, agrandir le réseau des gens qui peuvent innover ensemble et réfléchir à comment on peut innover. C’est vraiment salutaire. Il a beaucoup été question de risques et de craintes, mais, dans le fond, quand on a le goût du risque et de créer, l’innovation c’est très excitant. Il y a des gens qui prennent plaisir à ne pas savoir où ils s’en vont et qui ont envie de profiter du chaos pour en tirer quelque chose. C’est important de laisser aux gens ce goût du risque et d’essayer quelque chose que l’on peut léguer aux étudiants, c’est l’esprit d’innovation.

Sur la question de formaliser un processus, Pierre Gignac croit qu’il ne faut pas trop formaliser les choses. Il y a plusieurs études et plusieurs propositions sur les façons de développer l’innovation. Il faut créer des discussions informelles, c’est ce qui va créer le plus d’idées innovantes. Mais c'est aussi ce qui fait que ces idées-là s’inscrivent à l’intérieur d’un processus. Il faut avoir d’excellents créateurs, mais il faut aussi contenir cette création-là et lui donner une direction. Donc, ça prend un peu des deux pour faire le travail. Il a trouvé très intéressant le laboratoire qui a été une occasion de partager. Il y a beaucoup de travail à faire afin de fournir des outils pour faciliter le travail des gens qui sont sur le terrain.


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